Cancer de la prostate : faible grade mais pas faible risque !
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Dans la prise en charge du cancer de la prostate, il faut se méfier du terme « faible grade » : en effet, il ne signifie pas forcément « faible risque » ! C’est ce qu’une nouvelle étude révèle, suggérant que certains hommes dont le diagnostic est un cancer de la prostate de grade 1 pourraient de fait présenter un risque plus élevé que ce que n’indiquent les résultats de la biopsie.
« Nous ne voulons pas passer à côté des cancers agressifs qui se présentent initialement comme des cancers de la prostate de grade 1 à la biopsie », a déclaré, pour le Weill Cornell Medicine, le Dr Bashir Al Hussein, professeur adjoint d’urologie à New York et de sciences de la santé publique. Le grade GG1 est souvent utilisé comme synonyme d’un faible risque de progression vers des métastases ou de la propagation du cancer à d’autres parties du corps.
Mais il s’avère qu’environ 1 homme sur 6 atteint d’un cancer de la prostate de grade 1 (GG1) présente en fait une maladie à risque intermédiaire ou élevé : c’est ce qu’une étude de cohorte, parue fin juillet dans la revue JAMA Oncology, a révélé. Or, les partisans de la suppression du label « cancer » pour ces cancers de la prostate de grade 1 détectés lors d’une biopsie fondent principalement leur argumentation sur le fait que lorsque seul un GG1 est détecté lors d’une prostatectomie, les taux de métastase sont rares. Pourtant, cette étude révèle de fait que, lorsque d’autres caractéristiques cliniques sont prises en compte en plus de la biopsie, certains hommes atteints d’un cancer classé GG1 est tout de même à risque intermédiaire ou élevé. Le Dr Bashir Al Hussein, co-auteur de l’étude, se fait prudent : « Une telle sous-estimation du risque pourrait conduire à un traitement insuffisant et à de mauvais résultats. »
Objectif de l’étude
L’objectif de l’étude menée par cette équipe, dont le premier auteur est le Dr Neal Arvind Patel, professeur adjoint d’urologie à New York, a consisté à évaluer les résultats spécifiques du cancer de la prostate GG1 localisé, qui ont été stratifiés par catégorie de risque. Ainsi, chez 117 162 hommes atteints d’un cancer de la prostate GG1 localisé et stratifiés selon les groupes de risque du National Comprehensive Cancer Network entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2020, les taux de mortalité spécifiques au cancer de la prostate et les associations avec une pathologie indésirable après prostatectomie ont été analysés. Les données ont ensuite été décryptées entre juillet et octobre 2024.
Résultats ? Parmi ces patients atteints d’un cancer de la prostate GG1 diagnostiqué par biopsie, 9% présentaient une maladie à risque intermédiaire favorable, 3% présentaient une maladie à risque intermédiaire défavorable et 4% présentaient une maladie à haut risque, l’âge médian de ces hommes étant de 64 ans. De plus, concernant ces malades à haut risque, 867 hommes, soit 60%, présentaient une pathologie défavorable lors de la prostatectomie. Finalement, il s’est avéré que les taux de mortalité spécifiques au cancer de la prostate pour le GG1 à risque intermédiaire défavorable et pour le GG1 à haut risque étaient respectivement de 2,4% et de 4,7%, soit un taux comparable aux taux de mortalité spécifiques au cancer de la prostate pour le GG2 à risque intermédiaire favorable (2,1% de mortalité) et le GG2 à risque intermédiaire défavorable (4%).
Renommer le stade GG1 serait malavisé
Ainsi, ces données révèlent que tous les cancers de la prostate GG1 ne suivent pas une évolution indolente. En effet, il s’avère bien qu’un sous-groupe atteint d’un cancer de la prostate GG1 diagnostiqué par biopsie présente donc des résultats comparables à ceux des hommes atteints d’un cancer de la prostate de risque intermédiaire de grade plus élevé : or, souvent, ce groupe suit un traitement. Il ne faut absolument pas négliger ces résultats dans le débat sur la reclassification. Pour un autre co-auteur de l’étude, le Dr Jonathan Shoag, urologue à l’hôpital universitaire de Cleveland également interrogé dans le Weill Cornell Medicine, « les tentatives visant à renommer le GG1 sont malavisées, car de nombreux patients atteints d’un cancer GG1 à la biopsie courent un risque important que leur cancer leur cause des douleurs et des souffrances tout au long de leur vie, s’il n’est pas traité ». Le premier auteur, le Dr Neal Arvind Patel, souligne quant à lui : « Nous devons mieux comprendre cette biologie, ce qui pourrait aider les cliniciens à améliorer le pronostic. »
Informer au mieux les patients
L’information des patients est elle aussi plus qu’essentielle. Pour le Dr Al Hussein, « nous devons trouver un meilleur moyen d’informer les patients sur leur pronostic lorsqu’ils sont atteints d’un cancer de la prostate GG1 présentant des caractéristiques cliniques défavorables ». Il estime vital d’éduquer les patients, et de leur fournir les informations dont ils ont besoin pour comprendre leur diagnostic.
Sources
- Neal A Patel and al. « Grade Group 1 Prostate Cancer Outcome by Biopsy Grade and Risk Group ». 2025 Jul 31. JAMA Oncology. DOI: 10.1001/jamaoncol.2025.2304
- D’après l’article de Healthcare-in-Europe : « Prostate cancer: why “low-grade” might not be “low risk »



