JIAP 2026, une 2e édition qui fait salle comble
Le 12 mars dernier a eu lieu la deuxième Journée IA et pathologie à Paris. L’occasion pour la Société Française de Pathologie (SFP) de poursuivre le débat autour des défis qui restent à relever.
«L’IA va surtout agir comme un pathologiste augmenté, plus rapide, plus standardisé, capable d’exploiter énormément de données, a analysé Jean-Christophe Sabourin, président du comité d’organisation de la SFP, en guise d’introduction. Mais la responsabilité et la décision finale restent humaines. Cette journée s’inscrit comme un moment charnière pour notre discipline. L’IA n’est plus une promesse lointaine. Elle va transformer nos pratiques, nos outils, nos organisations. Elle va ouvrir des perspectives nouvelles pour la recherche, le diagnostic et la formation. »
Enjeux de santé publique, fondements technologiques, retours d’expérience concrets, questions économiques, éthiques, pédagogiques… le programme de la journée qui a réuni 300 participants, soit 100 de plus que lors de la première édition, a été riche et varié. « Nous avons atteint nos objectifs de fréquentation et sommes pleinement satisfaits », a poursuivi Jean-Christophe Sabourin. « On confirme cette année et on revient l’année prochaine ! » s’est, de son côté, réjoui Arnaud Uguen, président de la SFP.
Des défis à relever
Magali Svrcek, biopathologiste au centre Léon-Bérard de Lyon, est revenue, lors de son intervention consacrée aux solutions d’IA en pathologie digestive, sur les principaux défis qu’il reste à relever : « Le défi qui demeure n’est plus seulement de savoir si l’algorithme fonctionne, mais s’il apporte une vraie valeur pour le patient et la prise en charge du malade. Les algorithmes peuvent certes être performants et synonymes d’une vraie utilité sur le plan clinique, mais les validations externes restent encore malgré tout limitées, avec des algorithmes sensibles aux variations pré-analytiques. Et puis, la transposition d’algorithmes entraînés dans un centre X vers un centre Y fait considérablement chuter les performances. Pourquoi ? Parce que la coloration HE est différente. Ceci constitue donc un vrai défi. »
Magali Svrcek a enchaîné en pointant une acceptabilité médicale variable vis-à-vis de l’IA, nécessitant de sortir de «l’effet boîte noire»; ceci dans un contexte où l’intégration au workflow ne se passe pas toujours aussi bien que ce qui avait été proposé au départ.
« L’IA transforme progressivement le diagnostic vers plus de standardisation, de reproductibilité, d’accessibilité. Tout ceci ne peut se faire que dans un cadre réglementaire bien fixé et en étroite collaboration entre les industriels et les pathologistes », a-t-elle conclu.
Cytologie numérique
Dans son intervention, Laetitia Lacoste-Collin, présidente de la Société Française de Cytologie, a expliqué que la cytologie numérique était techniquement possible, mais nécessitait encore des améliorations : « Il y a ce frein de manque de garantie humaine, de défaut d’explicabilité, qui peut nous rebuter et nous donner l’impression d’avancer masqués. C’est peut-être plutôt l’impression d’avancer casqués et protégés qui pourrait transformer notre pratique pour challenger des prélèvements cytologiques multiples et précieux. » Et d’ajouter : « L’aide à la lecture plus rapide avec le développement de la “rapid online evaluation” prisé par nos prescripteurs, l’utilisation de modèles d’IA universels ou encore d’IAqui proposent un diagnostic et d’IA prédictives sont autant de paramètres qui vont dans le bon sens. »
Transmission des savoirs
Comme un fil rouge tout au long des interventions, les défis posés par les IA en matière de formation et de transmission des savoirs ont été approfondis lors de la dernière session. Philippe Bertheau, président du CoPath, est ainsi revenu sur la place des IA chez les internes et les coordinateurs de DES. Conclusion : « Même si l’utilisation des IA généralistes ou spécialisées génératives dans l’apprentissage et l’autoévaluation, comme aide à la rédaction de compte rendu ou de création de contenu — et de contenants — pédagogique, etc., concerne entre 20 et 30 % des personnes interrogées, l’utilisation d’IA discriminantes en pathologie est pour l’instant peu répandue : moins de 12 % des internes confirment l’avoir utilisée au laboratoire. » Comme dans de nombreux autres secteurs, les pathologistes s’interrogent : comment prévenir le « mésapprentissage » ou le non-apprentissage? Comment préserver la motivation des étudiants à acquérir des compétences qu’une IA pourrait faire aussi bien, voire mieux, qu’eux ? Pour Philippe Bertheau, les IA sont inévitables et peuvent apporter beaucoup, mais, pour les utiliser à bon escient, il faut tout autant que les internes et les seniors se les approprient et, surtout, il faut préserver une exigence pour des évaluations sans IA. À défaut, la profession s’exposerait à une diminution du sens critique.
De nouvelles compétences à acquérir
Dans la continuité des propos de Philippe Bertheau, Raphaël Bourgade, qui dispose aujourd’hui d’une double compétence en mathématiques appliquées et en pathologie, pense qu’il faudra à l’avenir développer les compétences en data et en IA de certains pathologistes. « Il est essentiel, pour s’assurer que les IA développées aient une pertinence clinique, qu’un certain nombre d’ACP soient capables de concevoir un pipeline computationnel », selon ses termes. De son côté, Arnaud Uguen milite pour un partage plus large et plus organisé des algorithmes «maison» que les différents services ont développés dans leurs laboratoires. Il propose de créer un réseau d’open science d’IA et pathologie.
Des transformations et des projets qu’Anapath mag suivra dans les mois à venir.
Plus de 20 fournisseurs ont répondu présent sur l’espace partenaires de cette 2e édition.
L’offre la plus fournie de l’exposition concernait les plateformes d’IMS intégrant différentes fonctionnalités de gestion des dossiers patients et d’IA diagnostiques.
Le marché se structure avec, désormais, une offre en provenance d’équipementiers classiques qui ont élargi leur portefeuille — tels que Leica et sa plateforme Halo, Roche et sa suite Navify Digital Pathology ou encore Agilent (Dako) avec ses partenariats intégrés Visiopharm/Proscia —, mais aussi les fabricants de scanners de lames qui proposent un IMS et quelques algorithmes d’IA en laissant leur solution ouverte à d’autres — comme Hologic pour l’histologie — et les acteurs historiques de PACS pour la radiologie qui ont transféré leur technologie à l’anapath (comme Sectra et Telemis) ou qui se sont créés spécifiquement pour l’anapath (comme Tribun Health), sans oublier les nouveaux acteurs, comme Aiforia, PathAI, Aether AI ou Quantacell.
À côté de cette offre tournée vers l’aide au diagnostic et au pathologiste, l’IA pré-analytique était peu représentée, mais avec un partenariat remarqué, celui d’Excilone et Algoscope.




