JIAP 2026 : Le bon moment pour prendre l’IA en marche
Salle de conférence des Salons de l'Aveyron qui accueilleront la 2e Journée IA et Pathologie
La deuxième édition de la Journée IA et Pathologie, organisée par la SFP, se tiendra le 12 mars prochain, dans les salons de l’Aveyron à Paris. Ses organisateurs, Jean-Christophe Sabourin et Solène-Florence KammererJacquet, nous replacent les motivations et les enjeux de cette journée et de l’IA.
« L’idée de ces journées, c’est vraiment de prendre le temps de se poser sur le sujet de l’IA et de proposer un accompagnement pour les pathologistes, entame la professeure Solène-Florence Kammerer-Jacquet, présidente du comité scientifique de la JIAP et pathologiste à Rennes. Nous sommes au début de l’IA en pathologie, c’est le bon moment pour en discuter tous ensemble, pour anticiper où cela peut nous mener et comment cela va transformer nos pratiques. »
Le professeur Jean-Christophe Sabourin, président du comité d’organisation de la JIAP et pathologiste à Rouen, ajoute : « Nous sommes encore en amont d’une pratique en routine, le modèle économique n’existe pas, il n’y a pas de validation de la HAS, même si elle commence à évaluer les premières solutions, mais, par contre, il y a un intérêt académique très fort. »
Jean-Christophe Sabourin, président du comité d’organisation de la JIAP
Pour commencer à structurer les discussions, construire un cadre, évaluer l’intérêt réel et les impacts que les solutions d’IA vont apporter au quotidien des pathologistes, la SFP mise, avec la JIAP, sur le partage de visions variées de tous les acteurs : « C’est pour cela qu’en parallèle des débats et conférences, il est essentiel d’accueillir des industriels, que les pathologistes pourront rencontrer sur l’espace d’exposition, et d’ouvrir nos échanges à des chercheurs, à l’expérience et au témoignage d’autres secteurs et pays plus avancés sur le sujet », précise Solène-Florence Kammerer-Jacquet.
« La SFP dispose d’une commission spécialisée (1) pour réfléchir à ces problématiques, complète Jean-Christophe Sabourin. L’IA est au centre des réflexions du CNPath et aussi du ministère de la Santé (DGOS/DGS) et des établissements de santé, que ce soit en France, mais aussi au niveau européen. »
Pas d’IA sans numérisation
Quand on aborde les sujets d’IA, cela implique, bien sûr, qu’il y a numérisation des lames et d’un certain nombre d’autres données liées au patient en amont. « Les craintes liées à la numérisation sont souvent concentrées sur l’investissement financier demandé et sur le changement d’organisation qu’elle implique, détaille la présidente du comité scientifique. Découvrir le potentiel de l’IA peut d’ailleurs constituer un tremplin pour numériser son flux. Enfin, il faut souligner que l’on peut s’accoutumer à l’IA même sans avoir tout numérisé. De nombreux laboratoires testent des solutions sur des sujets spécifiques et possèdent un scanner qui ne numérise que les lames consacrées à ce sujet. Le reste de leur flux n’a pour le moment pas évolué. »
Soutenabilité à venir
La soutenabilité de l’IA, tout comme celle de la numérisation, passera certainement par la preuve de son intérêt médico-économique, notamment par l’augmentation de la productivité qu’elle peut permettre. « Nous observons dans notre service une diminution de 30 % du temps de lecture de nos biopsies de prostate avec une IA performante, permettant une augmentation de la productivité. C’est un véritable levier et encouragement pour leur utilisation à l’avenir », ajoute-t-elle.
Solène-Florence Kammerer-Jacquet, présidente du comité scientifique de la JIAP
Des risques à évaluer
Concernant les risques, si celui du remplacement est souvent évoqué comme crainte importante dans toute la société, les deux organisateurs de la JIAP ne pensent pas que cela concerne vraiment les pathologistes aujourd’hui : « Les radiologues, qui utilisent des outils d’IA depuis plus longtemps que nous, n’ont pas été remplacés », souligne Jean-Christophe Sabourin. « Nous allons quand même être fortement affectés, ajoute Solène-Florence Kammerer-Jacquet. C’est une autre façon de travailler qu’il faut inventer. Selon moi, les freins sont plus du côté de la soutenabilité économique, de l’interopérabilité (qui est encore un obstacle), de la cybersécurité et de la question des données. En outre, l’accompagnement au changement et la formation restent de vrais défis sur le terrain. »
1. Après une première enquête menée par la SFP sur l’intérêt porté à l’IA par les pathologistes, une commission « Recherche et intelligence artificielle » a été créée (voir article dans les Annales de Pathologie de mai 2025 : https://doi.org/10.1016/j.annpat.2024.12.008).







