Maï Thu : mains de fée, cœur d’or !

par | 7 novembre 2026

Mai Thu dans son laboratoire

À l’aube de ses soixante ans et d’une retraite bien méritée, Maï Thu, technicienne de laboratoire spécialisée en macroscopie, jette un regard serein sur son parcours.
Enseignante rigoureuse au laboratoire, artiste au grand cœur le week-end,
elle continue de prouver, jour après jour, que le plus beau des diagnostics
est celui qui mène vers les autres.

Même si elle aime chanter et organiser des événements caritatifs, Maï Thu fuit habituellement la lumière et préfère rester discrète. Si aujourd’hui elle a accepté de livrer son histoire, c’est avant tout pour transmettre un message d’espoir et de gratitude envers sa terre d’accueil. « Je voulais montrer aux gens en France qu’on peut venir d’un pays comme le Laos, arriver en France comme réfugiée, s’en sortir et réussir à force d’efforts et d’études », confie-t-elle avec humilité. Au Laos, Maï Thu n’est encore qu’une fillette quand elle frôle la mort à deux reprises : d’abord lors d’une violente crise d’asthme, puis lorsqu’elle est victime d’une électrisation par contact avec des câbles d’un compteur défaillant. Elle sera sauvée aux urgences de son pays par un chirurgien philippin, mais l’une de ses mains reste paralysée. En 1975, en raison de la guerre d’Indochine, elle fuit son pays pour la Thaïlande. Elle obtient, la même année, l’asile politique en France et est accueillie dans un centre de réfugiés, avec ses deux parents, ses cinq sœurs et son frère.

À son arrivée en France, après une première tentative chirurgicale infructueuse dans un hôpital de Châtillon-sur-Seine, c’est finalement à l’hôpital Trousseau, à Paris, qu’une greffe de peau — prélevée sur sa propre jambe — redonne à sa main sa mobilité. Fascinée par le travail des médecins qui l’ont sauvée, la jeune fille prend une décision: elle sera chirurgienne. La réalité sociale de l’exil l’oriente toutefois vers des études plus courtes. Sentant ses capacités limitées par la barrière de la langue, elle envisage d’abord un CAP de technicienne de laboratoire. C’était sans compter sur sa conseillère d’orientation qui, au vu de ses excellents résultats scolaires, l’aiguille vers un baccalauréat
« F7 bis », une section technique option biologie.

Séances pratiques

C’est sur les paillasses de l’école, au cours des séances pratiques de parasitologie, d’hématologie et, surtout, de physiologie, que Maï Thu se découvre un don inné pour le scalpel. Souris, grenouilles ou cœurs de mouton: la précision du geste chirurgical la passionne. Elle boucle ses travaux pratiques de quatre heures en seulement deux, s’attirant l’admiration stupéfaite de ses enseignants. Elle obtient finalement son bac technologique et, à sa sortie d’école, s’inscrit chez « Deuxième Recrutement », une agence de recrutement spécialisée mettant en relation jeunes diplômés et techniciens. Elle est repérée avant même l’obtention de son bac par une médecin biologiste dirigeant un
laboratoire rue de Tolbiac, dans le treizième arrondissement de Paris (laboratoire qui deviendra Anat 13). Elle y fait ses armes durant treize ans. En 2000, elle rejoint le laboratoire Cerba, alors associé à l’Institut Pasteur, où elle officie maintenant depuis vingt-six ans. Entrée au bas de l’échelle pour réaliser de petites biopsies, elle gagne rapidement la confiance des pathologistes. Impressionnés par sa rigueur et sa concentration, ils lui déléguent la macroscopie, une tâche pourtant dévolue aux médecins. Elle prend en charge la découpe minutieuse de pièces d’organes complexes — colons de plus d’un mètre, estomacs entiers, foies ou pancréas — afin d’y repérer la lésion tumorale avant l’analyse microscopique. Aujourd’hui devenue macropiste (ou macroscopiste) experte et coresponsable de son service, elle se consacre principalement à la formation de la jeune
génération de techniciens.

Fœtopathologie

Au cours de sa carrière, Maï Thu a passé dix années marquantes au sein d’une spécialité particulièrement délicate: la fœtopathologie. Appelée à remplacer l’une de ses collègues,
elle intègre l’équipe de Cerba dirigée par la docteure Jelena Martinovic. Au-delà de la technique nécessaire pour réaliser des examens approfondis des fœtus pour comprendre
et documenter les raisons du décès, cette spécialité comprend un volet très humain d’accompagnement des parents dans le processus de deuil. Maï Thu s’efforcera d’insuffler une
profonde humanité à cette mission douloureuse. Après l’examen médical, c’est elle qui recoud méticuleusement les fœtus, les habille et les installe avec soin dans de petits couffins pour permettre aux familles de faire leur deuil. Pour celles qui n’ont pas les moyens ou font le choix de ne pas récupérer le fœtus, elle veille à ce que les cendres soient conservées dans un mémorial afin que les mères puissent venir se recueillir, parfois des années plus tard.

Philosophie boudhiste

Cette sensibilité face à la souffrance humaine trouve sa source dans la philosophie bouddhiste, qui l’accompagne depuis l’enfance. Maï Thu a été élevée dans la tradition par sa mère et sa grand-mère. Chaque dimanche, elle allait prier, laver la vaisselle et préparer les repas pour des centaines de fidèles à la pagode de Joinville-le-Pont. À 30 ans, elle ressent le besoin d’approfondir sa foi. Elle s’inscrit alors à un cours de bouddhisme dispensé en français par un moine ayant étudié au Tibet. Esprit scientifique avant tout,
Maï Thu confie ne pas croire en la réincarnation, faute de preuves visibles sous son œil scientifique. En revanche, elle y puise une éthique de vie absolue : le don sans retour
et sans jugement. Elle se rappelle une leçon de vie fondatrice dispensée par son mentor spirituel. Alors qu’elle venait de partager sa baguette de pain avec un sans-abri devant son laboratoire du treizième arrondissement, elle l’avait vu jeter le morceau dans les égouts. Frustrée, elle en parla au moine qui lui explique qu’elle avait commis deux erreurs : juger cet homme en lui refusant de l’argent sous prétexte qu’il allait boire, puis considérer que le pain lui appartenait encore après l’avoir offert. « Une fois que j’ai donné, cela lui appartient », retient-elle. Cette leçon changea sa perception du monde : donner doit être un acte pur, libéré de toute attente de gratitude ou de remerciement.

Maï Thu mobilise son cercle d’amis d’enfance et des musiciens de sa communauté pour donner de grands dîners-spectacles caritatifs.

Oeuvres caritatives

Cet te profonde humanité s’exprime au travail et s’épanouit en dehors : Maï Thu cultive sa sensibilité à travers de nombreuses passions artistiques. Aquarelle, chant, danse, elle s’y engage sans compter. Elle peut ainsi peindre des heures durant, parfois assise sur une simple chaise pliante au mont Saint-Michel, pour libérer son esprit. Cette production artistique sert à nourrir son élan naturel pour les autres et sa générosité. En effet, la plupart de ses œuvres servent de lots lors de tombolas caritatives qu’elle organise elle-même pour soutenir différentes causes. C’est cet élan généreux qui la conduit à s’engager auprès de l’association PCD -Pathologie Cytologie Développement – dès sa création en 1992. L’action de Maï Thu ne s’arrête pas à l’anapath. Elle s’investit également en tant que maîtresse de cérémonie pour le Secours populaire de Sevran et organise des événements interculturels. Son investissement permet d’envoyer des enfants défavorisés en vacances. En outre, elle soutient l’association d’entraide «Les cœurs qui méritent d’être aimés» pour venir en aide aux enfants du Vietnam. Maï Thu compte bien poursuivre ce don de soi et cette inclination vers les autres en continuant d’organiser des événements caritatifs pour de nombreuses années !

Maï Thu et Alik, secrétaire de l’association PCD, lors du pique-nique caritatif organisé le 21 juin 2026 en vue d’obtenir des dons pour les projets de PCD. @Pablo Duarte Vieira L’engagement de Maï Thu dans l’association PCD remonte à sa création, en 1992. Pour mémoire, PCD est une organisation humanitaire française qui aide à installer des laboratoires d’anapath dans les pays francophones aux ressources limitées. Pendant des années, elle est restée une membre fidèle mais discrète de l’association. Elle entretient cependant des liens réguliers avec Alik, secrétaire de l’association. À cette époque, il était délégué commercial de Sakura et elle responsable du laboratoire Anat 13 : ils négociaient dur les commandes de consommables !

   CAFELA : PRÉVENIR LE CANCER DU COL À L’AUTRE BOUT DU MONDE

En 2023, Véronique Ollier, médecin et présidente de l’association Cafela (pour « Cancer Femme Laos »), sollicite Maï Thu pour une mission humanitaire d’une semaine. Objectif : former bénévolement les techniciens de deux hôpitaux locaux au dépistage du cancer du col de l’utérus. Après une bonne révision de son laotien technique, elle se rend sur place. Elle découvre des structures démunies mais aussi des paradoxes frappants, comme dans cet hôpital moderne où une machine de coloration flambant neuve reste inutilisée par peur des pannes. En travaillant avec les techniciens locaux, elle les guide pour éviter certaines erreurs de protocole et pour les faire progresser dans la réalisation de diagnostics fiables. Au Laos, l’absence de prévention et le coût des soins condamnent de nombreuses femmes, particulièrement dans les régions montagneuses. Grâce à l’action de Cafela, dix-sept gynécologues laotiens ont été formés à la technique de conisation — intervention chirurgicale qui consiste à enlever les tissus abîmés du col de l’utérus sous anesthésie locale. Seize d’entre eux ont obtenu un diplôme universitaire français pour pratiquer cette opération.
De son côté, Maï Thu agit pour implanter durablement le dépistage au Laos et cherche des financements. À son retour en France, elle mobilise son cercle d’amis d’enfance et des musiciens de sa communauté et organise de grands dîners-spectacles caritatifs. Le premier événement, qui a réuni 350 personnes, a permis de récolter 5 001 €. L’année suivante, une autre fête vient compléter ces fonds, finançant au total plus de 400 frottis gratuits pour les femmes laotiennes les plus démunies.