Cancer du sein : « l’expression des RE semble constituer un continuum »
Une étude publiée fin août dans The Lancet met en avant l’importance d’évaluer les tumeurs présentant une expression des récepteurs des œstrogènes (RE) faible, légère et modérée (1–59 %). Rapporter l’expression des RE sous forme de pourcentage pourrait apporter un éclairage biologique complémentaire dans la prise de décision clinique.
Les auteurs de l’étude précisent que « leurs résultats viennent appuyer les preuves croissantes selon lesquelles l’expression des RE semble constituer un continuum plutôt qu’une caractéristique binaire, et que les niveaux de RE sont corrélés à des profils moléculaires distincts. » Bien que la prise de décision clinique repose sur des seuils pragmatiques, le fait de rapporter les RE sous forme de pourcentage peut apporter des informations biologiques complémentaires, et des regroupements biologiques se chevauchant partiellement, pourraient mieux refléter le comportement tumoral. « Nos conclusions soulignent l’importance d’une évaluation rigoureuse des tumeurs RE-faibles, légères et modérées (1–59 %) », préviennent-ils.
RE-positif et RE-négatif
Pour rappel, la plupart des études ont divisé le cancer du sein en deux groupes : RE-positif et RE-négatif. Les profils d’expression protéique et génique ont tendance à se regrouper en deux groupes distincts (<1 % et >70 %) plutôt qu’à se répartir de façon uniforme et continue. La troisième catégorie définie plus récemment – RE-faible (1–9 %) -, a été reconnue dans l’ensemble des recommandations. En revanche, les tumeurs RE-intermédiaires qui englobent un spectre large et moins standardisé – de 10 à 90 % -, reflétent l’absence de consensus dans la littérature. Seul un nombre limité d’études ont examiné des subdivisions plus poussées. « Par conséquent, les caractéristiques clinico-pathologiques et le pronostic des tumeurs RE-intermédiaires varient d’une étude à l’autre, ce qui complique les comparaisons directes. Dans notre vaste cohorte en population générale, la plupart des tumeurs (87,8 %) étaient fortement positives pour les RE, tandis que les tumeurs RE-légères et RE-modérées représentaient moins de 1 % à 2,1 % des cas. La rareté de ces groupes rend difficile le fait de tirer des conclusions à partir de données en population générale concernant les stratégies thérapeutiques optimales. »
Effet de seuil pronostique
Dans l’étude, le profil de survie suggère un effet de seuil pronostique : les patientes présentant des tumeurs avec une expression des RE <60 % ont un risque élevé continu par rapport à celles présentant des tumeurs RE-élevées. Ces résultats non ajustés globalement similaires sur l’ensemble du spectre inférieur des RE (0–59 %) sont principalement expliqués par des caractéristiques défavorables communes, telles qu’un grade et un stade plus élevés. Néanmoins, la persistance de ratios de risque significatifs pour les RE-légers et RE-modérés dans les modèles ajustés indique que le niveau d’expression des RE dans cette plage intermédiaire demeure un facteur pronostique indépendant, une diminution des RE conférant des résultats progressivement défavorables. À l’inverse, une étude récente portant sur une cohorte plus restreinte a montré une meilleure survie globale dans le groupe RE-intermédiaire (11–70 %) que dans le groupe RE-faible. Des différences dans les seuils de RE et les caractéristiques de la population peuvent expliquer en partie ce constat. « Il est important de noter que nous avons constaté que les patientes RE-élevées avaient une meilleure survie que les patientes RE-modérées au sein des mêmes groupes de traitement, qu’il s’agisse de l’hormonothérapie seule ou de l’association d’une hormonothérapie et d’une chimiothérapie. Cela suggère que la biologie tumorale sous-jacente associée à des niveaux élevés d’expression des RE pourrait être un déterminant du pronostic, concluent les auteurs. La force de notre étude réside dans sa cohorte en population générale associée à une longue durée de suivi. Elle apporte un éclairage sur un groupe moins étudié dans la littérature en s’appuyant sur des données de la vie réelle. » Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer comment ces observations pourraient être transposées dans la pratique clinique. »
Pour plus de détails : https://www.thelancet.com/journals/lanepe/article/PIIS2666-7762(26)00238-3/fulltext


