Jonathan Derman : transmettre, une passion !
Jonathan Derman est anatomopathologiste à Paris, dans le privé et le public. @DR
S’il voulait peut-être, au départ, se tourner vers la chirurgie, un stage en anatomopathologie au cours de ses études de médecine l’a convaincu : cette spécialité était faite pour lui. Jonathan Derman, docteur de 38 ans, exerce, pour partie, au sein du laboratoire privé Lab Guigui & associés à Paris et, pour partie, à l’hôpital public Henri-Mondor. Un passionné, au point d’adorer, plus que tout, transmettre ce qu’il fait.
« L’anatomopathologie, c’est vraiment une spécialité qui était faite pour moi ! À la fois extrêmement intellectuelle, mais avec aussi un petit côté manuel avec la macro ! » Grand, brun, souriant et volontiers blagueur, le docteur Jonathan Derman, croisé pour la première fois dans l’ascenseur menant à son laboratoire lors d’une visite un peu inopinée, est tellement passionné par son métier qu’il adore, également, l’enseigner. « C’est extrêmement gratifiant de transmettre, d’être utile. J’aime transmettre pour des raisons à la fois idéologiques, politiques et personnelles. »
Raisons idéologiques, politiques et personnelles
Ainsi, que ce soit dans les modèles de la vie réelle ou dans des modèles de fiction, Jonathan Derman a toujours été un très grand admirateur de l’image du professeur. Il s’exclame : « J’ai toujours trouvé qu’ils étaient les personnages les plus cool du monde ! » Que ce soit pour sa professeure de terminale, certains professeurs particuliers qu’il a pu avoir ou même des personnages de fiction comme Eikichi Onizuka du manga GTO, il a toujours éprouvé énormément d’admiration pour ces modèles. « Vous savez qu’on suit toujours un peu les modèles qu’on s’est choisis, dans la vie, qu’ils soient réels ou fictifs ! J’ai eu énormément de modèles, et mes parents aussi m’ont beaucoup enseigné ! » Voilà pour les raisons personnelles. Les raisons idéologiques et politiques de son goût pour l’enseignement ne sont pas moins profondes : augmenter la valeur de la connaissance sur la planète ! « Quand vous transmettez de la connaissance, vous avez augmenté le niveau de connaissance humaine », glisse-t-il, du ton enthousiaste qui semble ne jamais le quitter.
« J’aime bien transmettre aux gens qui ne connaissent pas l’anatomopathologie : j’aime bien voir des gens qui ne connaissaient pas avant et qui connaissent après ! »
Il donne encore régulièrement cours à des infirmières de bloc. « Ce cours explique de A à Z comment notre spécialité fonctionne, indique-t-il. C’est important, car plus les gens qui travaillent avec nous savent comment nous fonctionnons, plus cela nous facilite la tâche ! » Et en effet, plus les infirmières comprennent la manière de travailler d’un service d’anatomopathologie, plus elles ont conscience, en particulier, des erreurs à éviter lorsqu’elles envoient des prélèvements.
Outre ce cours qu’il donne régulièrement, Jonathan Derman a aussi enseigné les travaux pratiques à la faculté, lorsqu’il était assistant hospitalo-universitaire. Il a également corrigé des copies, une expérience en soi : elle permet de voir ceux qui ont compris en général, même s’ils n’ont pas toutes les bonnes réponses, et ceux qui sont totalement passés à côté. « C’était pour des étudiants en médecine, se souvient-il, ils ne savaient pas s’ils voulaient ou non faire anapath… Je me dis que, peut-être, j’en ai inspiré certains ! ».
Aujourd’hui, s’il n’a plus de casquette universitaire et ne donne plus de cours à l’université, son goût pour l’enseignement et la transmission restent intacts. Il est d’ailleurs loin de se limiter à l’anatomopathologie : « J’ai aussi fait 10 ans de soutien scolaire, en tant que bénévole, en mathématiques, même pour des primaires ! J’adore le concept d’enseigner. Je considère déjà que, quand vous enseignez, il faut connaître son sujet. Et l’une des preuves que vous connaissez le mieux votre sujet, c’est celle d’être capable de l’enseigner ! »
Trouver l’équilibre entre le doute et la confiance en soi
Il estime qu’un atout pour réussir dans sa spécialité est de toujours se remettre en question. Ne jamais penser avoir la vérité absolue. En conséquence, il faut savoir douter de soi, mais aussi savoir se faire confiance, un équilibre parfois très difficile à trouver. Il développe : « Au bout d’un moment, quand on doit rendre un diagnostic, on doit être capable de signer notre compte rendu, donc on doit savoir porter la responsabilité de dire ce qu’on pense. » Pourtant, comme il le dit aussi, il ne faut jamais hésiter à demander des avis secondaires à ses collègues. Il estime que le principal défaut à éviter est l’arrogance et affirme : « Si j’ai un seul conseil à donner aux étudiants, c’est “faites-vous des collègues, qui sont parfois aussi des amis, des personnes sur lesquelles vous pouvez compter, et c’est comme cela que vous y arriverez ! » Il estime également essentiel d’entretenir ses connaissances, comme dans tous les autres pans de la médecine. Le docteur Derman a d’ailleurs des amis qui, en tant qu’universitaires, l’aident à se tenir à jour au sujet des dernières avancées.
Et ce joyeux spécialiste, heureux aussi de la liberté que lui confère l’anatomopathologie, de conclure : « J’adore l’immensité des connaissances qu’on doit avoir en anatomopathologie. Il est vrai qu’on a aussi parfois des responsabilités qui sont un peu difficiles à porter. Mais j’adore le côté camaraderie de la spécialité, ainsi que le fait que l’on puisse choisir à la fois une activité publique et une activité privée. On peut également se surspécialiser, ou se spécialiser dans des techniques supplémentaires, comme la biologie moléculaire ; c’est tellement vaste et tellement intéressant que, pour moi, c’est la meilleure spécialité de la médecine ! »




