Cancer colorectal : vigilance pour les jeunes adultes

par | 10 juillet 2026

A partir de la cohorte FRANCIM, des chercheurs ont analysé, sur ces 18 dernières années, l’incidence des cancers colorectaux (CCR). Il ressort notamment une incidence en augmentation pour les CCR métastatiques chez les adultes jeunes.

@Getty Images - Panuwat Dangsungnoen

Le cancer colorectal, réputé pathologie de l’adulte âgé, connaît une évolution épidémiologique préoccupante chez les sujets jeunes. 
Ainsi, « en 2024, le CCR est devenu à l’échelle mondiale la première cause de mortalité par cancer chez les hommes de moins de 50 ans et la deuxième chez les femmes. Désormais, un cas de CCR sur sept concerne des personnes âgées de moins de 50 ans. Aux États-Unis, l’incidence du CCR chez les moins de 55 ans est devenue une préoccupation majeure. Entre 1994 et 2014, l’incidence du CCR dans cette population a augmenté de +51 % et la mortalité de +11 % entre 2005 et 2015. » (source hépato-gastro et oncologie digestive 2025/9 vol 32)

Cette hausse ne se limite pas aux formes localisées, elle touche également les formes métastatiques. Ainsi, non seulement le nombre de cas augmentent mais les diagnostics à un stade déjà avancé augmentent aussi. Chez les patients jeunes, on observe un profil biologique et clinique plus agressif, avec une fréquence plus élevée de formes disséminées (multifocales et péritonéales). En France, en l’absence d’un registre national du cancer suffisamment exhaustif les données sont difficiles à analyser. Cependant une étude à partir de la cohorte FRANCIM confirme ces données.

Des données sur plus de 15 ans

FRANCIM (France Cancer Incidence et Mortalité) recouvre des registres (31 au total) de cancers, généraux et spécialisés, adultes et enfants, métropolitains et ultramarins. Il collecte les données de 24 départements et DOM-TOM soit environ 25% de la population.

L’étude, parue dans le JAMA, a inclus tous les nouveaux cas de cancer colorectal (CCR) diagnostiqués sur une période de 18 ans dans cinq départements français (Calvados, Côte-d’Or, Doubs, Finistère, Saône-et-Loire). Les données ont croisées plusieurs types de sources diagnostiques et cliniques : anatomopathologie, bases de données épidémiologiques et bases de données hospitalières locales. Le statut métastatique ou non au diagnostic était apprécié par l’analyse des dossiers médicaux avec classification selon le nombre et la localisation des sites atteints :  absence de métastase, métastase unique, métastases multiples, et localisation hépatique, péritonéale ou pulmonaire.

Principaux résultats

Sur les plus de 37000 nouveaux cas de CCR diagnostiqués entre 2004 et 2021 le CCR était métastatique au diagnostic chez presque 10 000 patients (26,8 %). Plus de 1 550 (4,2 %) nouveaux cas de CCR ont été diagnostiqués avant l’âge de 50 ans.

L’étude fait ressortir un risque de métastases péritonéales multiplié par plus de 6 chez les hommes jeunes. Sur la période étudiée, l’incidence des formes métastatiques a augmenté chez les jeunes (notamment 15-39 ans)  tandis qu’elle restait stable ou diminuait après 50 ans. Cette hausse concernait surtout les formes avec métastases multiples. Sur le plan topographique, la progression était principalement portée par l’atteinte péritonéale, devant les localisations hépatiques ou pulmonaires.

Nécessité d’une vigilance diagnostique accrue

L’augmentation des CCR métastatique se concentre sur les jeunes adultes avec des formes plus disséminées et plus souvent péritonéales. Cela suggère un changement possible sur les causes épidémiologiques et biologiques de survenue des cancers. Les stratégies de dépistage des CCR ciblant les plus de 50 ans, il est nécessaire que les praticiens et les spécialistes du diagnostic (anatomopathologistes et biologistes notamment) soient informés de cette tendance et mettent en place une vigilance diagnostique accrue chez l’adulte jeune symptomatique.