Identification d’un biomarqueur lié aux idées suicidaires ?
Des chercheurs du Netherlands Institute for Neuroscience ont identifié un potentiel biomarqueur associé aux idées suicidaires sévères. Cette découverte, publiée dans le British Journal of Psychiatry, pourrait aider à comprendre pourquoi certaines personnes parviennent à surmonter ces pensées, ouvrant ainsi une nouvelle voie de recherche sur la résilience et la prévention du suicide.
« Nous avons relevé des indices suggérant que le cerveau humain ne se contente pas de changer en présence d’idées suicidaires sévères ; il pourrait également disposer de mécanismes aidant certaines personnes à s’en rétablir, explique Lin Zhang, une chercheuse impliquée dans l’étude. Notre objectif est de comprendre ce qui se passe lorsqu’une personne a des idées suicidaires. Mais il est peut-être encore plus important de comprendre ce qui permet à une personne de faire preuve de résilience face à ces pensées. »Lin Zhang a débuté ses recherches en s’appuyant sur des donneurs de cerveau issus de la Banque de cerveaux des Pays-Bas. « Au départ, nous avions simplement deux groupes : les personnes souffrant de troubles de l’humeur et celles qui n’en souffraient pas. Toutefois, nous n’avons pas observé de différence marquée dans la zone étudiée. » Un profil différent est apparu lorsque Zhang a classé les donneurs selon la cause de leur décès. Les tissus cérébraux de personnes décédées par suicide ou euthanasie présentaient une différence nette par rapport aux tissus de personnes décédées de causes naturelles, et ce, indépendamment du fait que le donneur ait eu ou non un diagnostic de trouble de l’humeur. Cela suggère que les processus biologiques associés aux idées suicidaires sévères pourraient être, en partie, distincts de ceux liés à la dépression.
Le récepteur P2RX7
Lin Zhang s’est intéressée à un récepteur bien précis : le P2RX7. Ce récepteur intervient dans la réaction des cellules au stress et à l’inflammation, ainsi que dans le métabolisme énergétique. Chez les donneurs décédés par suicide ou euthanasie, les taux de P2RX7 dans les cellules nerveuses étaient nettement plus élevés. Il est donc possible que les cellules nerveuses exprimant ce récepteur se comportent différemment lors d’épisodes forts de pensées suicidaires. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour comprendre la signification exacte de cette différence.Les résultats de cette étude suggèrent aussi que le récepteur P2RX7 pourrait évoluer en fonction de l’intensité des idées suicidaires. Lin Zhang : « Si nous parvenons à suivre un tel marqueur biologique au fil du temps, cela pourrait nous aider à mieux comprendre comment les idées suicidaires évoluent. Et, à terme, cela pourrait s’avérer précieux dans la pratique clinique. »Ces recherches n’en sont qu’à leurs débuts, et l’on ignore encore si le P2RX7 peut indiquer de manière fiable la présence et l’intensité d’idées suicidaires. « J’espère qu’il pourra, à terme, devenir un biomarqueur utile, conclut Lin Zhang. Mais nous devons d’abord déterminer si l’on observe le même schéma chez des personnes vivantes. »


